Faire entrer un pays au musée : le Musée National de Colombie à Bogota

25 Jan

Alors que le débat sur la Maison de l’Histoire de France est toujours ouvert, allons jeter un œil à ce qui a déjà été réalisé dans d’autres pays. Le Musée National de Colombie est installé depuis les années 1950 dans une ancienne prison située à proximité du centre de la capitale, Bogota.
Le musée, qui présente à la fois l’archéologie, l’histoire et l’art du pays, est actuellement en pleine reconversion pour passer d’une présentation « ancienne » à une muséographie plus contemporaine.

Dans un pays où le niveau global d’éducation reste assez faible, un musée de la nation doit pouvoir être accessible à tous les citoyens. La modernisation en cours visent donc à rendre le musée plus attractif et plus facilement appréhendé. Il n’est plus réservé aux classes aisées et aux touristes.

En plus de gros travaux pour rendre le musée accessible aux personnes handicapées en créant des rampes autour de l’entrée principale, cette démocratisation passe également par des expositions temporaires sur des sujets populaires et attrayants : actuellement sur la place et l’histoire du football dans le pays, à travers les grands joueurs et les grands événements que sont les différentes Coupes du monde auxquelles le pays a participé. Cette exposition contribue à rapprocher le musée avec les colombiens, afin qu’ils s’identifient à leur musée national comme ils s’identifient à leur équipe de football.

La collection permanente se divise en trois grandes parties, correspondant aux trois étages : Archéologie, Histoire et Art. La partie récente d’Archéologie choisit de montrer l’art pré-colombien de différentes régions en suivant le cours du fleuve qui traverse tout le pays, le Rio Magdalena. En plus des objets présentés et mis en contexte, le musée nous renseigne sur la pratique de l’archéologie, ses outils, ses techniques : un double parcours, de plus en plus fréquent dans les musées actuels, qui présente beaucoup d’intérêt.
Dans la partie archéologie est également présentée toute la période de la conquête espagnole, ce qui permet de bien voir à quel point l’histoire du pays, et de tout le continent, a été bouleversée en seulement quelques décennies. Le choc des cultures a même été triple, car les européens ont ensuite introduit sur le continent des milliers d’esclaves africains : une section aussi intéressante que complexe.

La partie historique est celle qui a connu le plus de remaniements. Avant, la plupart des salles étaient consacrées à la gloire des généraux ayant combattus pour l’indépendance du pays au début du XIXe siècle, dont le plus célèbre est Simon Bolivar. Ces salles, remplacées par une grande réflexion historiographique intitulée « Comment avons-nous raconté notre histoire ? », ont été articulées autour de trois grands thèmes : le rôle de la figure du héros, la place des femmes dans la création de la nation et les constantes et les évolutions dans la façon de célébrer l’anniversaire de l’indépendance. La partie la plus réussie est celle consacrée aux héros : une bonne réflexion rendue très abordable par une muséographie sobre, des textes courts, des objets variés (tableaux, images reproduites directement sur le mur, extraits de films, ect.). Le tout est présenté avec une distance très intéressante, qui rend le visiteur beaucoup plus actif intellectuellement, puisqu’il trouve là l’occasion de se demander comment lui-même perçoit les choses, comment on lui a enseigné l’histoire de son pays.

Un peu partout dans le musée, des petites pièces présentent des zooms, permanents ou temporaires, sur divers sujets : les momies, les objets archéologiques en or, les miniatures, ect. L’une d’elles est consacrée à la nouvelle constitution que la Colombie a adopté en 1991, et propose aux visiteurs de faire don au musée d’objets se rapportant à cet événement, afin de faire évoluer cet espace. En dehors de cela, tout ce qui concerne l’histoire contemporaine du pays, plutôt douloureuse depuis les années 60 avec les problèmes de violence et de guerilla, n’est que très peu évoqué. Une manière de rester pudique sur ce qui fait pourtant l’image du pays vu de l’extérieur.

Le musée est en pleine phase de transformation, qui doit s’achever en 2018. Si tout est réalisé sur les mêmes bases que ce qui a déjà été modernisé, il entrera certainement parmi les musées de société les plus intéressants au monde. Si vous n’avez pas prévu de vous rendre en Colombie ces prochaines années, vous pouvez toujours vous rabattre sur le site Internet du musée (en espagnol), très complet, qui présente très précisément les objectifs et les missions qu’il met en œuvre.

Plus d’informations :
http://www.museonacional.gov.co

Plus de photos :

Album Picasa

Les plus :

Une rénovation intelligente, qui arrive à poser des questions profondes au visiteur en quelques lignes
– Un musée accessible et instructif

Les moins :
– Malgré quelques plaquettes explicatives en anglais, le musée est avant tout pensé pour les colombiens. Une petite connaissance préalable de l’histoire du pays est nécessaire.

Par C.M. 

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