Les archives de procès prennent vie à Nantes

6 Mar

Les archives départementales de Loire-Atlantique possédaient dans leur fonds les documents d’un procès peu commun, celui des insurgés de Cayenne. Elles ont décidé d’y consacrer une exposition, afin de faire connaître ce pan de l’histoire coloniale si peu souvent mise en valeur.


L’histoire est en effet peu glorieuse pour la France : suite à la mort en 1928 de Jean Galmot, ancien député de Guyane, deux jours d’émeutes secouent Cayenne. Celles-ci font six victimes. S’en suit un procès en 1931, avec quatorze accusés, déplacé à Nantes pour plus de calme. Ce procès est singulier à plusieurs points de vue : une colonie lointaine, une trentaine de prévenus, 135 kg de documents arrivant à Nantes par bateau, une soixantaine de témoins guyanais à loger sur place, une affaire qui se révèle politique, des avocats exceptionnels, et finalement un acquittement général, une nouvelle considération des colonies et de leurs populations, qui conduira en 1946 à la transformation des « vielles colonies » en départements français d’outre mer.

Comment alors valoriser l’histoire de cet événement crucial, mais oublié, à travers des documents d’archives ? Les archives départementales de Loire-Atlantique, depuis leur rénovation en 2008, possèdent une salle de 280 m2 consacrée aux expositions temporaires, ce qui leur permet d’avoir une riche programmation dans ce domaine. Chaque exposition est un défi : présenter de manière vivante et attrayante des documents écrits, souvent fragiles et peu attirants, mais dont le contenu est très parlant, n’est pas chose facile.


L’exposition « Le procès des insurgés de Cayenne », grâce à la scénographie d’Eric Morin, révèle très bien les différentes étapes et les enjeux de ce procès. L’exposition est divisée en trois grandes parties : la Guyane et les émeutes, l’instruction, les douze jours d’audience. Les documents présentés sont majoritairement des pièces du procès, mais l’on trouve également la correspondance entre la veuve de Jean Galmot et les prévenus, de nombreuses coupures de presse, etc. Certains documents sont présentés en vitrine, d’autres sont reproduits directement sur les murs. Les textes explicatifs sont omniprésents, ils mettent en avant la narration du procès. Leur lecture est abordable, mais ils détournent souvent le regard des documents eux-mêmes. Dans la dernière partie, la salle du procès est recomposée, ce qui permet de bien voir les différentes catégories de personnes présentes lors de cette audience. Au-delà de la dimension historique, cette exposition dévoile également le fonctionnement de la justice qui est très bien expliqué. On en suit le déroulement de façon claire, on se prend même de sympathie pour les personnages emblématiques de cette affaire que sont Edouard Iqui, géant sourd à la voix de stentor, faisant partie des accusés, et Gaston Monnerville, avocat d’origine guyanaise dont la plaidoirie émeut la cour et lance sa carrière politique. Petit plus même, un magazine d’une trentaine de pages, reprenant l’histoire du procès et les principaux documents, est remis à chaque visiteur.

Les + :

  • Une manière originale de valoriser un fonds d’archives
  • Une phase de l’Histoire de France trop peu mise en valeur en partie dévoilée

Les – :

  • l’abondance de textes fait que l’on a tendance à moins regarder les documents eux-mêmes

 

Plus de photos : Galerie Picasa

Plus d’infos : le site de l’exposition

Informations pratiques :

Exposition « Le procès des insurgés de Cayenne », du 9 février au 26 juin 2011 aux Archives départementales de Loire-Atlantique, 6 rue de Bouillé, à Nantes.

Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h, le mardi de 13h30 à 19h, le dimanche de 14h à 17h30

Entrée libre.

 

Par C.M.

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2 Réponses to “Les archives de procès prennent vie à Nantes”

  1. Florie Boy 07/03/2011 à 16:05 #

    Bonjour!
    Article très intéressant. Je suis par ailleurs ravie d’entendre parler des expositions qui ont lieu hors de Paris!
    Encore merci,
    Florie

  2. Numael 07/03/2011 à 23:17 #

    Merci de cette approche. Un élément a souligner de la scénographie de cet expo comme vous l’avez bien fait, c’est la reproduction de la salle du procès. Cette « expérience » scénographique place le spectateur dans un certain rôle d’acteur, cassant ainsi la brèche théâtrale comme le fit une fois Brecht. Dans ce cas cette tentative fut de mon point de vue mal réussie, car la tentative de reproduction de la salle du procès, se limita au mobilier théâtral, a la présence de quelques mannequins avec des véritables costumes, puis des images du procès en grandeur nature, collées dans le mur de la salle.
    La scénographie de cette partie , et l’idée qu’y avait derrière aurait put être plus risqué ou ne pas l’être du tout. Tout simplement en récréant la scène avec du vrai mobilier, ou en exposant le tout avec une théâtralité artificielle totalement assumée.

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